Semaine 2 : L’histoire d’un noyau

Nous sommes en Décembre, le 2.

En 1995, c’est ce jour-là qu’a choisi l’âme de mon Pépé pour nous quitter. Il était malade et je savais que lorsque je l’avais serré dans mes bras pour lui dire « au revoir » sur le rebord de la table de la cuisine quelques jours plus tôt, il s’agissait en réalité d’un « adieu ». Même si je n’étais qu’une enfant, je le sentais qu’il allait partir.

 

C’était dur car c’était le dernier grands-parents qu’il me restait et je venais seulement d’avoir 11 ans. Je trouvais la vie injuste car je me sentais frustrée de ne pas avoir pu connaitre mes grands-parents davantage. Les années qui suivirent, j’avais encore tant de questions à leur poser…des questions pour lesquelles jamais je n’obtiendrais de réponse. Le deuil était difficile et je pleurais souvent en pensant à tout ce que je n’avais pas eu le temps de leur demander.

Un jour, sentant probablement mon désarroi, une de mes cousines me raconta que mon grand-père lui avait dit, bien des années avant son décès, qu’il n’avait plus peur de la mort, car il savait qu’il avait accompli ce qu’il devait réaliser dans sa vie. C’est sûr qu’il en avait bâti des choses et qu’il s’agissait d’un homme très respectable auprès de toute la communauté. Ce jour-là, j’ai réalisé la profondeur de sa sagesse et le poids de son deuil a immédiatement disparu. Certes, j’étais trop jeune pour avoir des discussions avec lui mais cela ne l’avait pas empêché de me transmettre des enseignements précieux…

…et c’est avec grand plaisir que je vous partage un de ses enseignements aujourd’hui : de nouvelles fenêtres du calendrier de l’avent qui s’ouvrent…

 

…Mon grand-père vivait avec ma famille : mes parents et mes sœurs. Comme mes sœurs étaient beaucoup plus âgées que moi, c’était souvent lui qui me gardait lorsque j’étais petite. Et l’été, aussi gourmands l’un comme l’autre, nous revenions du marché avec des cagettes remplies de pêches. L’après-midi, il m’offrait souvent une (voir plusieurs !) pêches et chaque jour, il m’enseignait de jeter le noyau au même endroit dans le jardin. Il me disait qu’un jour, ça donnerait des pêchers et que nous n’aurions plus besoin d’aller en acheter. Chaque jour, je m’exécutais avec tout mon cœur mais rien, ça ne donnait rien !

 

Mon grand-père me disait alors : « Sois patiente Blandine. Tous les jours, nous semons des graines : certaines vont donner des arbustes, d’autres pas. Les arbustes vont mettre des années à se former car la nature a besoin de temps comme toi pour grandir et se déployer. L’essentiel est de ne jamais se décourager et de continuer à semer les noyaux dans la terre avec son coeur pour pouvoir un jour récolter des fruits. »

 

22 ans après sa mort, ce sont des dizaines de pêchers qui sont sortis de la terre. Ces pêchers poussent naturellement sans aucun parasite chimique et je n’ai jamais vu des arbres aussi abondants de fruits.

Sans le savoir, mon grand-père était un « yogi ». Il m’enseignait que chaque action avait une conséquence et qu’il était important d’effectuer chaque action avec sa simplicité et sa conscience pour pouvoir récolter les fruits de l’abondance dans le futur.

 

Sans graine, il n’y a pas d’arbre.

Sans arbre, il n’y a pas de fruits.

Alors à nous de choisir d’être des jardiniers actifs ou passifs ?

À nous de choisir de faire ce pas en avant vers…cette partie de « Soi » ?

 

 

Je ne mange plus autant de pêches pour faire perdurer la tradition du noyau mais, j’ai réussi à trouver mon action consciente à travers ma discipline yogique. Chaque jour, je sème une graine. Je ne sais pas si elle germera. Je ne sais pas quand elle germera. Je ne sais pas non plus si elle deviendra un arbre ! Mais je sème.

Je sème avec ma simplicité, ma maladresse parfois, mais aussi avec ma volonté, mon enthousiasme, ma joie et tout mon amour…

Et, j’ai confiance…

Un jour aussi, j’aurais un jardin rempli d’arbres et de fruits…

 

Sat Nam

2 réflexions au sujet de “Semaine 2 : L’histoire d’un noyau”

  1. Ton histoire est touchante, et tu la racontes si bien ! Tu rends là un très bel hommage à ton Pépé, et tu continues de le faire vivre en semant chaque jour. Merci Blandine de ce partage. Belle journée !

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